lundi 1 février 2010

Isolé


C'est dans la chaleur d'un lit que l'on se sent si seul.

Pour la première fois (outre le tout premier article), je vais utiliser la première personne du singulier. Le "je" qui représente mon unité, ma réalité, mon identité propre. Mon "je" pense, est sait qu'il pense, il a conscience de sa conscience et en joue. Ce "je" là entre dans le jeu de la réflexion, enfin. Cette fois ci, le discours impersonnel du "on" est mis sur la touche. Le jeune "je" que je suis jette, pour cette fois ci, sa pudeur.

J'entre en jeu dans l'arène de la confession.

Je disais donc, c'est dans la chaleur d'un lit que l'on se sent si seul. Une raison, cette sensation de démarcation immense que je peux vivre entre le reste du monde et moi. Ce n'est pas comme si il n'y avait qu'un simple chemin qu'il suffirait que je traverse, non, là, il y a un fleuve d'ignorance, un gouffre d'absence, une forêt d'épines qu'il faudrait que je franchisse. Parfois, tout cela disparait, et un pont éphémère se créé. Je deviens alors comme les autres. Mais la tension que je ressens à l'intérieur revient vite. Je ne suis pas moi même. Je ne me sens pas à ma place. Je peux être entouré, mais malgré ces présences, je suis isolé.

Au lieu de fuir les autres, je pourrais fuir vers les autres. Rien n'y fait. Le résultat est le même. Nous ne parlons pas le même langage. La solitude a cela de bon qu'elle permet de prendre conscience de ce que l'on est. Je suis conscient de ma solitude et m'en sert pour avancer. La lucidité de tout n'aide en rien à la socialisation. L'exclusion, l'incompréhension deviennent alors les seules définitions d'un monde que l'on côtoie mais dont on n'arrive pas à épouser le moule.

En l'observant, ce monde, le sourire délicat qui s'esquisse sur mes lèvres perle rapidement en larmes. La cause ? Je la cherche encore. Peut-être est ce cette sensation de morosité latente, cette sinistre obsession de vouloir tout ressentir, tout comprendre, sans être capable d'encaisser. Je n'ai pas peur du vide qui peut envahir l'existence de chacun de nous, c'est l'inverse qui me fait peur. Tout ce qui est autour, tout ce qui fait le reste, tout ce qui n'est pas le vide. En résumant, c'est de la vie en elle même dont j'ai peur. Peur et fasciné à la fois, je découvre chaque jour.

En ce moment, mon cerveau boue à la recherche d'un éclaircissement qui ne viendra jamais. Chaque action est une expérience. Une expérience douloureuse de sensation. Mais je ne me l'explique pas. C'est comme si la violence ou la douceur extrême de ce qui est autour de moi me heurtait sans que la peau ne fasse effet, comme absente. Pas de protection. Rien.

Je n'ai qu'une seule envie. Partir en Irlande et marcher sur le plateau du Burren. Côtoyer les falaises abruptes, les herbes longues et vertes, le vent marin fouettant mon visage, la fraiche chaleur du soleil irlandais, l'atmosphère de quiétude millénaire, le silence, la mer, les dolmens, moi.

Tel un soldat sans gilet par balle, je déambule sur un champ de bataille dont je suis à la fois acteur et spectateur. Armé, je n'ose poser mon doigt sur la détente même par légitime défense. Je ne suis pas comme eux. Je ne suis pas comme eux... Définitivement pas comme eux.

Mais c'est qu'ils veulent ma mort ?! Je résisterai vaille que vaille !